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L’écologie sociale | Ecologie Sociale.ch

L’écologie populaire est la réponse politique des écologistes qui refusent de se résigner à la domination, à l’exploitation, à l’aliénation du système capitaliste. Elle renouvelle la pensée écologique en proposant un nouveau récit de l’écologie reposant sur une vision non consensuelle de l’histoire de l’écologie et de l’humanité. Loin d’un modèle abstrait, elle propose une alternative concrète pour affronter la crise écologique qui menace l’humanité. Construire l’écologie populaire est le moyen de refonder le projet d’écologie à partir de la force historique des pauvres et de sa conjonction avec la défense de la planète et des communs.

Ce manifeste part de l’idée simple qu’il y a deux écologies, celle d’en haut et celle d’en bas. Celle d’en haut a créé un discours écologiquement correct privilégiant le développement d’une économie fondée sur la croissance verte. Elle est la roue de secours du système capitaliste mondialisé. Celle d’en bas part de la lutte pour la survie et des besoins des classes populaires en terme d’accès aux ressources écologiques. Entre ces deux âmes de l’écologie le fossé se creuse chaque jour un peu plus et il faudra choisir. Face au choc qui vient, l’alternative de l’écologie politique.

 

  1. La crise globale que nous connaissons est une crise multidimensionnelle, financière, économique, sociale, culturelle, identitaire, écologique. Cette dernière caractéristique est l’élément radicalement nouveau qui entraine le monde vers un choix existentiel : la barbarie engendrée par le fondamentalisme marchand ou une politique de civilisation, la Terre du «bien vivre». Le système capitaliste, engagé dans une logique de destruction, n’est pas réformable même si l’économie verte est une ultime tentative pour trouver une issue à sa crise. La «mission civilisatrice du capitalisme» fondé sur le développement des forces productives et défendue aussi bien par les penseurs libéraux que socialistes, a entrainé de bouleversement des grands équilibres de l’écosystème de la planète qui rendra à terme impossible la vie des hommes sur la Terre. Il y a incompatibilité entre le capitalisme et le respect des limites naturelles. La destruction de plus en plus rapide des écosystèmes, le dérèglement climatique, la pollution chimique, et les maladies qu’elle entraine, le déclin rapide de la biodiversité, la dégradation des sols, la destruction de la forêt tropicale, l’apartheid social planétaire produit par le développement brutal des inégalités, la montée des violences identitaires et religieuses, en sont les principaux symptômes. Cette crise renvoie au mode de production devenu dominant il y a deux siècles environ – le capitalisme – et aux modes de consommation et de mobilité qui en découlent. Ce mode de développement insoutenable écologiquement et socialement nous amène à l’effondrement.
  1. La seule force qui ait anticipé cette crise est l’écologie politique. Le paradigme écologiste est partagé par tous les courants de l’écologie politique. L’écologie politique, seule parmi toutes les familles politiques considère qu’il faut changer de modèle de développement en réduisant notre empreinte écologique, en défendant les écosystèmes de la planète contre les prédateurs, en protégeant les biens communs tout en répondant aux besoins sociaux et humains fondamentaux. L’écologie fondée sur les principes d’autonomie, de responsabilité, d’équilibre prône des valeurs universalistes, celles de la défense de la terre et des droits humains et non humains. Ce mouvement est devenu politique dans les années 80 en Europe et dans d’autres pays riches lorsque la défense d’une culture du quotidien a convergé avec la question de la survie de l’espèce humaine et la prise en compte des modalités concrètes de réalisation de la démocratie. Il s’est organisé à travers les partis Verts dont la base sociale correspondait à l’évolution de cette génération étudiante post–68, élevée durant les « Trente Glorieuses ». Cette base sociale que l’on peut désigner comme des classes moyennes disposant d’un capital culturel élevé et habitant dans les centres urbains des grandes métropoles a configuré l’écologie politique à son image et en fonction de ses intérêts. Elle a débouché sur une politique de verdissement fondée sur des normes fixées d’en haut et d’adaptation au capitalisme à travers l’économie verte devenue l’horizon indépassable de l’écologie politique.
  1. Mais une autre écologie, celle issue de la force historique des pauvres, l’écologie par en bas, s’est levée en Asie, en Afrique, en Amérique latine. Cette écologie plébéienne, largement majoritaire sur la planète, anime partout les luttes pour la survie de l’humanité et de la biodiversité. Issue de la périphérie sociale, elle mobilise des millions de femmes et d’hommes face à l’oligarchie financière et industrielle qui détruit la planète et menace la survie de l’humanité et les conditions de vie des dépossédés du monde entier : contre la destruction des forêts, contre les grands barrages, contre l’extraction des ressources pétrolières et minières, pour la survie de leurs langues et de leurs diversités culturelles, contre les catastrophes industrielles, contre le racisme environnemental… Cette écologie par en bas n’a pour le moment pas de traduction politique formelle. Lorsqu’elle est présente au sein des partis verts, elle est le plus souvent minoritaire. Elle s’exprime dans les mouvements sociaux organisés (MST au Brésil, Via Campésina, mouvements indigènes…) ou dans les soulèvements populaires (Guerre de l’eau en Bolivie, émeutes en Chine, mouvements anti barrages en Indes…). Elle cherche encore ses références mais, d’ores et déjà, elle est devenue incontournable, notamment lors des grands rendez-vous de l’écologie politique comme à RIO+20 ou des dizaines de milliers d’écologistes manifestèrent contre l’économie verte et ses conséquences et exprimèrent à travers le réseau Justice climat, les exigences des mouvements sociaux écologistes… Progressivement, l’écologie populaire se répand dans les pays occidentaux, dans les milieux paysans en lutte contre l’agriculture productiviste et l’industrie chimique, dans les quartiers populaires confrontés où se concentrent les pollutions invisibles, les maladies liées à l’environnement, la consommation de la mal bouffe et ses conséquences comme l’obésité. Face à l’accumulation des injustices sociales et environnementales, une nouvelle écologie politique est nécessaire et possible.

    Concernant les alliances politiques, l ‘écologie populaire considère que la participation à des coalitions majoritaires de transformation sociale est le moyen pour les écologistes de devenir majoritaire culturellement et politiquement mais que dans les pays où le social libéralisme a détruit les bases de la sociale démocratie en menant des politiques anti sociales et anti écologiques, la participation à des gouvernements sociaux libéraux marginalise l’écologie politique et la fait apparaître comme une caution accélérant la mise en place du capitalisme vert. Il faut donc participer à la construction d’une opposition sociale et écologique, renforcer la présence des écologistes dans toutes les élections locales, régionales et européennes où leur autonomie peut être construite, négocier des contrats majoritaires de législature mais refuser de participer à des gouvernements sociaux libéraux qui sont l’instrument le plus efficace de la modernité capitaliste.